Arthrose chez le chien

 

La médecine vétérinaire progresse.

Les propriétaires d'animaux de compagnie souhaitent aujourd'hui retrouver dans la médecine de leur compagnon le niveau technique offert en médecine humaine. De la prothèse totale de hanche au traitement du cancer par chimiothérapie, les propriétaires d'animaux domestiques sont prêts aujourd'hui à tout mettre en oeuvre pour améliorer la condition de vie mais surtout prolonger la vie dans le meilleur confort possible.

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vue per opératoire lors d'un traitement de rupture du ligament croisé antérieur chez un chien

les proliférations visibles sur le côté de l'articulation sont des ostéophytes (arthrose).

à ce stade l'arthrose est totalement asymptomatique 

  Le vieux chien ou le vieux chat est devenu un patient à part entière, que l'on soigne, pour les affections spécifiques liées à son âge. La plupart des maladies de l'humain âgé sont ainsi transposables au chien ou au chat âgé. L'arthrose  fait partie de ces affections. Il est aujourd'hui possible de soulager par différentes thérapeutiques adaptées à nos vieux compagnons à quatre pattes.

L'arthrose est une dégradation des articulations.    C'est une maladie caractérisée par un processus dégénératif complexe touchant le cartilage articulaire. Cette destruction progressive du cartilage peut avoir deux causes :

-le vieillissement cartilagineux qui touche  les animaux âgés

- une mécanique articulaire déficiente. Des animaux très jeunes peuvent alors être touchés. Un animal de 6 mois peut déjà présenter les premiers signes d'arthrose, notamment lors de dysplasie de la hanche ou lors de dysplasie du coude. L'origine de l'anomalie mécanique devra alors être traitéé chirurgicalement.

 

Les conditions qui favorisent la détérioration articulaire sont multiples. Le surmenage de l'articulation par une activité excessive est une cause très largement surestimée chez le chien. Ce n'est que dans le cadre d'entraînements sportifs de haut niveau ou chez le chien de chasse que l'on arrive à dépasser les capacités d'adaptation articulaire. Pour le chien de compagnie, avec une activité normale, l'arthrose précoce est toujours la conséquence d'anomalies de l'architecture articulaire.

Ces anomalies sont à l'origine des contraintes mécaniques anormales sur le cartilage articulaire. Il s'agit presque toujours de défaut d'axe des os composant l'articulation. Les contraintes ne sont plus réparties de façon homogène, une zone du cartilage se trouve alors régulièrement soumise à une pression excessive, et dégénère précocement. Ces conditions anormales sont rencontrées lors de dysplasie du coude ou lors de dysplasie de la hanche. Il conviendra de reconnaître rapidement ces deux affections afin de les traiter le plus rapidement possible. A l'âge d'un an, il est parfois trop tard ! L'arthrose n'est donc pas exclusivement réservée aux vieux animaux. Un chien de 1 an peut parfois avoir des articulations d'un chien de 15 ans si celui-ci présente une dysplasie articulaire.

L'arthrose n'évolue pas de façon linéaire: elle peut s'aggraver rapidement pendant plusieurs semaines à plusieurs mois, puis devenir indolore à d'autres périodes, alors même que l'articulation est très détériorée sur les radios. Cela provient du fait que la poussée d'arthrose traduit un ramollissement puis une destruction de la surface du cartilage, avec production de débris. Au début, l'épaisseur du cartilage est conservée et les radios ne montrent que peu de lésion. Les débris et les enzymes de dégradation libérés sont très irritants pour les enveloppes articulaires, qui fabriquent alors une grande quantité de liquide synovial. La réparation, lente, ne peut y faire face. La poussée douloureuse se prolonge. L'évolution se fait ainsi en une succession de poussées douloureuses séparées par des intervalles de rémission de plus en plus courts. Au stade de l'ulcération cartilagineuse, une zone d'os est à nu, les douleurs sont alors permanentes.

Les poussées d'arthrose ne sont pas systématiquement douloureuses, certains animaux étant parfaitement asymptomatiques. Leur arthrose est alors découverte à un stade avancé. C'est le cas lors de rupture du ligament croisé antérieur. Cette lésion ligamentaire est rapidement génératrice d'arthrose chez le chien, mais avec assez peu de signes cliniques. 

Comment savoir si son animal souffre d'arthrose ?

L'évolution de la maladie peut être divisée en 3 stades.

stade I : apparition progressive d'une "raideur matinale" ou "boiterie à froid". Après quelques minutes de marche, la boiterie disparaît. Au fur et à mesure, cette période de raideur se prolonge. Ces signes sont souvent exacerbés par le temps humide ou une activité physique excessive (course, longue promenade, partie de chasse ...)

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sur le cliché, de petites proliférations sont visibles à l'insertion du ligament tibio-rotulien, ainsi qu'à la périphérie del'articulation 

 

stade II : c'est l'apparition d'une douleur quasi permanente.

La marche peut être très pénible, engendrant boiterie et gonflement articulaire. La simple palpation de l'articulation est très douloureuse. Ce stade est le plus douloureux car le plus inflammatoire.

stade III : dernier stade de la maladie, il se rencontre dans les arthroses anciennes. La mobilité articulaire est réduite. La douleur ressentie par le chien semble moins vive, mais certains mouvements deviennent impossibles. L'activité physique devient difficile.

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exemple d'arthrose stade III sur un chien ayant présenté une dysplasie coxo-fémorale.

les productions ostéophytiques sont majeures sur l'ensemble des articulations. A ce stade une prothèse totale de hanche est indiquée si le traitement médical est inefficace.  

 

Comme chez l'homme, on ne peut pas guérir l'arthrose. Le traitement permettra d'espacer le plus possible les poussées inflammatoires et faire que ces crises douloureuses deviennent supportables.

Il conviendra en premier lieu de doser l'exercice du chien. L'absence d'activité physique est aussi dommageable que son excès. Pour soulager les articulations, on préférera plusieurs courtes promenades en laisse et les alterner avec des périodes de repos. Les activités intenses seront évitées le plus possible : courses derrière une balle, jeu à plusieurs chiens...Toute activité physique provoquant une boiterie importante ou persistante doit être éliminée. L'obésité est un facteur aggravant des douleurs articulaires. Elle entretient les contraintes mécaniques sur le cartilage malade et favorise les poussées inflammatoires.  Il conviendra de faire maigrir les chiens en excès de poids. Cette simple mesure permet parfois d'espacer les crises douloureuses et de diminuer sensiblement la prise des médicaments antalgiques.

Pour les cas ou la limitation de l'activité et la perte de poids ne suffisent pas, il conviendra de mettre en place un traitement à l'aide de médicaments efficaces.

 

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens  (A.I.N.S), principale classe thérapeutique à effets antalgiques, sont à ce jour les médicaments les plus efficaces pour le traitement de la crise arthrosique douloureuse. Avec les molécules de dernière génération, certains chiens peuvent ainsi être traités plusieurs mois de suite sans effets secondaires, avec des résultats cliniques très satisfaisants, voire spectaculaires. La baisse de la douleur ressentie permet de rétablir une mobilité articulaire complète et  de favoriser la reprise d'activité. L'anti-inflammatoire ne soigne pas l'arthrose, il la rend supportable et permet d'améliorer la qualité de vie de l'arthrosique évolué.

D'autres substances visant à préserver le cartilage, peuvent être associées aux A.I.N.S : le sulfate de chondroïtine et le sulfate de glucosamine. Ces molécules ont démontré leur efficacité. Il a été prouvé que leur utilisation permet de faire baisser très notablement la prise d'anti-inflammatoires. Ces molécules peuvent aussi être particulièrement utiles pour les animaux ne supportant pas les anti-inflammatoires.

La physiothérapie est aussi une bonne indication de traitement pour la gestion au long terme des patiens arthrosiques. Il existe aujourd'hui des outils performants permettant un contrôle optimal des crises douloureuses du patient arthrosiques.   

Le traitement homéopathique, l'acupuncture et l'ostéopathie permettent aussi de diminuer l'intensité des crises, et de gérer les poussées douloureuses sur le long terme. En association avec les médicaments classiques, ces thérapeutiques douces permettront de diminuer les doses de médicaments parfois mal supportés.

Quoi qu'il en soit, il n'existe pas à ce jour de médicament miracle anti-arthrosique. Il existe par contre un large éventail de possibilités thérapeutiques permettant de soulager de manière très efficace les crises douloureuses.

 

La chirurgie est parfois efficace pour prévenir l'apparition d'arthrose.

En premier lieu, il conviendra de reconnaître les affections congénitales entraînant l'apparition rapide et invalidante d'arthrose chez le jeune animal. La dysplasie du coude et la dysplasie de la hanche, générateur d'arthrose, se traitent chirurgicalement et le plus précocement possible. La chirurgie permet de préserver la mobilité articulaire et dans une grande majorité des cas, limite les productions arthrosiques.

 

 

Il en va de même pour la rupture du ligament croisé antérieur. A la différence de l'homme, cette rupture n'est que rarement d'origine traumatique mais l'expression d'une inflammation articulaire chronique. Cette inflammation entraîne une fragilisation des structures intra-articulaires, notamment les ligaments croisés, pour aboutir finalement à la rupture. Le but du traitement est alors de stabiliser chirurgicalement l'articulation avant l'apparition d'arthrose. Les anti-inflammatoires seuls, permettent de soulager la douleur mais n'empêcheront pas sans intervention chirurgicale d'arrêter les dégénérescences articulaires et l'arthrose. Il est préférable, si cela est possible, d'empêcher l'arthrose par une chirurgie que d'avoir à traiter les douleurs chroniques de l'inflammation articulaire.

Lorsque l'articulation est trop dégradée et que la mobilité articulaire résiduelle n'autorise plus une qualité de vie correcte pour l'animal, il est possible de remplacer certaines articulations. Il est assez courant aujourd'hui de remplacer une hanche malade par une prothèse artificielle. Cette intervention permet de supprimer la douleur de manière rapide et totale. Les chiens récupèrent alors toute l'amplitude du mouvement de la hanche et retrouvent une activité normale sans aucun médicament au quotidien. D'autres prothèses sont en train d'être mises au point chez le chien notamment les prothèses de coude et de genou. Elles seront d'application courante d'ici quelques années.

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Prothèse de hanche sur une chien jeune chien dysplasique
 

L'arthrose reste une affection redoutée aussi bien chez l'homme que chez le chien. Son mécanisme d'apparition et d'évolution est  encore assez mal connu. Elle n'est pas exclusivement une maladie de vieux chien, les plus jeunes pouvant être très rapidement touchés de manière invalidante. Il n'existe pas à ce jour de médicament anti-arthrose, il conviendra donc de tout mettre en œuvre pour éviter son apparition. Les possibilités thérapeutiques pour soulager les douleurs arthrosiques sont aujourd'hui très étendues et efficaces, mais ne restent que des traitements palliatifs de soutien. Des anti-inflammatoires aux chondro-protecteurs, l'arsenal thérapeutique est très varié et permet dans la plupart des cas d'offrir une qualité de vie qui soit compatible avec ce que l'on souhaite pour son animal de compagnie : une vie tranquille sans douleur.  Lorsque l'animal est âgé, l'arthrose doit être considérée, au même titre qu'une autre maladie, comme une affection à traiter en priorité.